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Jalibert et Ntamack alignés ensemble face à l’Australie : le coup de poker tactique de Galthié

Pour le choc face à l'Australie ce samedi (9h40), lors de la deuxième journée du Championnat des Nations, Fabien Galthié a tranché : Matthieu Jalibert est titularisé à l'arrière pour épauler Romain Ntamack à l'ouverture. Une cohabitation audacieuse qui vient bousculer l'éternel débat qui entoure les deux hommes. Et si, plutôt que de choisir, la solution était de les associer ? 


Crédits Photo : L’Équipe
Crédits Photo : L’Équipe

Galthié agite le drapeau blanc et apaise le cas Jalibert-Ntamack


Romain Ntamack, Matthieu Jalibert. Le nom de l’un évoque inexorablement celui de l’autre. Les deux ont 27 ans, les deux sont des ouvreurs reconnus, et surtout, ont une trajectoire liée aux deux clubs les plus performants du Top 14 : le Stade Toulousain et l’Union Bordeaux-Bègles. S'ils s’opposent en club, ils se disputent indirectement le même maillot frappé du coq. Ntamack a souvent les faveurs de Galthié (43 sélections), mais Jalibert (39 capes) a su profiter des absences du fils d'Émile Ntamack pour marquer les esprits, notamment lors des Tournois des Six Nations.


Le Toulousain est un ouvreur plus pragmatique lorsqu’il porte le maillot bleu: excellent plaqueur, gestionnaire, ce qui ne l'empêche pas de signer quelques fulgurances offensives. À l’inverse, le Bordelo-Béglais se montre virevoltant, moins prévisible et moins scolaire. 



« Je déplore l’attitude de certains. Je veux parler des sifflets qui ont retenti quand on a vu la tête de Romain sur l’écran géant. On siffle un mec que tout le monde encense par ailleurs. C’est la société dans laquelle on vit, c’est tellement dramatique. »



Après la défaite du Stade Toulousain à Bordeaux le 22 mars, Ugo Mola s’agace. Sa prise de position résume la toxicité grandissante d'un débat qui vire parfois à la dérive partisane. Chaque match raté de l’un donne du grain à moudre aux partisans de l’autre, dans un climat où la prise de position semble presque obligatoire. 


L’opposition est une facilité mais Fabien Galthié agite son drapeau blanc en alignant les deux ouvreurs ensemble contre les Wallabies. Limité par de nombreuses absences, le sélectionneur a trouvé une solution.



Des absences qui favorisent cette association


Galthié a vu sa main forcée par l’infirmerie. Théo Attissogbé étant titulaire au poste d’arrière en l’absence de Thomas Ramos, il est missionné de pallier les absences de Penaud et de Spring sur les ailes. Il reprend sa place sur l’aile droite tandis qu’Aaron Grandidier-Nkanang va connaître sa première cape en jouant à gauche. Les choix se sont réduits, le sélectionneur aurait pu repositionner Hastoy à l’arrière ou lancer Émilien Gailleton ou Tom Spring ; il en a décidé autrement. Le technicien tricolore dispose désormais de deux ouvreurs aux trajectoires parallèles et de nombreuses différences plus anecdotiques que technico-tactiques.


Si l'âge, le gabarit et le vécu professionnel les rapprochent, leur expression technique reste distincte. Romain Ntamack plait plus à Galthié pour son pragmatisme, restant dans le rôle très traditionnel d’un numéro 10, avec une qualité de relai mais aussi grâce à une défense agressive sur la ligne d’avantage ou en début de course, sur les appuis. De son côté, Jalibert brille par son imprévisibilité offensive, doublée d’un impact défensif largement salué lors du dernier Tournoi des Six Nations. Deux profils haut de gamme qui vont devoir s'accorder, bien que cette tentative s'apparente à un pari osé.



Pas seulement un symbole, un choix tactique très intéressant


En prenant un peu de recul, ces deux profils sont hautement complémentaires. L'intérêt majeur du système prôné par Fabien Galthié repose sur cette animation articulée autour de "deux 10".  Ils jouent dans la même zone, se relaient et permutent en occupant le fond du terrain. Réduire Romain Ntamack à son seul impact défensif serait d'ailleurs une erreur, il sait se montrer percutant offensivement. L’associer à l'instinct de Jalibert dans la même zone créative promet un potentiel offensif extraordinaire.


Ce rôle est régulièrement occupé par Antoine Hastoy et Thomas Ramos, deux joueurs qui savent occuper les deux positions. Le Bordelo-Béglais a tout à y gagner. Il joue hors de son poste, peut valider une polyvalence aux yeux du sélectionneur, et peut montrer des qualités bien différentes dans un rôle de 15, notamment dans sa couverture défensive en course.


Ce choix fort s'apparente à un vrai quitte ou double, d'autant qu'il intervient face à l'opposition relevée des Wallabies. Galthié aurait pu temporiser en attendant le match contre le Japon, mais face à l’adversité, cette association peut faire sauter le verrou australien. Reste à voir si les deux côtés de la Garonne arriveront à se trouver et à fluidifier le jeu tricolore. 



Pierre VILLA


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