4 heures et 59 minutes plus tard, Moïse Kouamé continue d’entrer dans l’histoire
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- 29 mai
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À 17 ans et 2 mois, Moïse Kouamé entre déjà dans l'histoire du tennis mondial et du Grand Chelem francilien. Le natif de Sarcelles s'est qualifié pour le troisième tour de Roland-Garros face à Adolfo Daniel Vallejo sur un court Suzanne-Lenglen en fusion. Bousculé alors qu'il semblait avoir le match en main, Moïse Kouamé a su garder ses nerfs au bout du cinquième set.

Moïse Kouamé, le premier à dicter son rythme
Après être venu à bout de Marin Cilic en 3 manches lors du premier tour, Moïse Kouamé s’apprêtait à affronter le 71e mondial, plus jeune et plus endurant. Cependant, les deux joueurs disputent leur premier tournoi du Grand Chelem. Le Français a d'emblée imposé son rythme, déroulant une partition sans fausse note devant un public acquis à sa cause.
Le jeune joueur a marqué les esprits par son volume de jeu, assénant des balles longues et puissantes. Là où l’adolescent excelle, c’est dans l’exercice du revers. Sous l'œil de son entraîneur Richard Gasquet, il impressionne par la stabilité de son revers. Il montre, par séquences, une stabilité technique évoquant la propreté de Novak Djokovic dans les rallyes prolongés. Outre cette solidité, Kouamé a impressionné par ses facultés de couverture du terrain, capable de fulgurances défensives pour rattraper des amortis même lorsqu'il est acculé loin derrière sa ligne de fond.
Si les deux premières manches ont tourné à l’avantage de Moïse Kouamé, ce dernier a vu ses certitudes vaciller au début du troisième acte. En changeant de rythme, le Paraguayen a cessé de subir la puissance adverse pour reprendre l'initiative, inversant le rapport de force.
La riposte d’Adolfo Daniel Vallejo
Jusqu'ici enfermé dans des rallyes aussi longs qu’incertains, Adolfo Daniel Vallejo a soudainement utilisé une toute autre stratégie. En prenant la balle plus tôt, en enchaînant les service-volées et en multipliant les montées à contre-temps, le Paraguayen a brisé le rythme de Moïse Kouamé. Le changement tactique s’avère payant. Moïse Kouamé subit. Il se précipite, il force son jeu, se met à la faute et encaisse un grand nombre de coups gagnants. Il s'inhibe légèrement et laisse transparaître ses premiers gestes de frustration. Les troisième et quatrième actes sont bien moins disputés et plus courts que les deux premiers. Adolfo Daniel Vallejo est aux commandes. Il s’envole vers une victoire qui semble inéluctable, et domine la cinquième manche malgré une résistance croissante du natif de Sarcelles.
5-2, cinquième manche. Moïse Kouamé est dépassé et s’apprête à poser le genou à terre, mais le tennis est un sport qui sait offrir une part d'irrationnel. Le Suzanne-Lenglen entre en ébullition, le Tricolore « marche sur l’eau », retrouvant son relâchement au moment même où la défaite lui tendait les bras.
La magie du Lenglen
Libéré de toute forme de frustration, le Français parvient enfin à faire reculer son adversaire.
Conclure un combat de près de quatre heures et demie dans une arène hostile s'avère une montagne trop haute pour Vallejo. Son inexpérience se heurte à la maturité déconcertante de son cadet. Sans surjouer, Moïse Kouamé repousse son adversaire derrière la ligne de fond. Il revient à 5-5, presque par miracle, porté par le public du Lenglen. Il pousse Vallejo au super tie-break. Il mène 5-0 dans celui-ci, la victoire est à portée de main, presque impossible à laisser échapper. Mais c'est sans compter sur l’invariable résilience Sud-américaine. Vallejo recolle au score. L'air devient une denrée rare, mais à 8-8, l'insouciance prend le pas sur la tension : d'un passing sublime, le Tricolore grave son nom dans l’histoire de la Porte d’Auteuil. 4 heures et 59 minutes plus tard… Moïse Kouamé continue d’entrer dans l’histoire, remerciant en premier lieu le public du Suzanne-Lenglen qui l’a porté vers cette victoire unique, surréaliste.
À peine le temps de savourer que l'heure est déjà à la récupération. Épuisé par son combat, le Français cherche un dernier souffle de fraîcheur en plongeant sa tête dans la glacière à proximité du banc. La dernière marche vers la seconde semaine sera rude. Ce samedi, il retrouvera un autre Sud-américain, le Chilien Alejandro Tabilo. Ce dernier a dominé Majchrzak, avant de profiter de l’abandon de Valentin Vacherot. À 28 ans, l'ancien 19e mondial affiche un profil de spécialiste : trois finales disputées sur ocre et trois titres glanés hors de cette surface. Reposé et accoutumé aux fortes chaleurs, l’ancien 19e mondial en 2024, le vétéran ne fera aucun cadeau à Moïse Kouamé. Le Tricolore devra pallier son inexpérience et puiser dans ses réserves pour surmonter la lourdeur du climat parisien. Un défi physique colossal attend le prodige de 17 ans, qui a d'ores et déjà glissé une requête singulière à l'organisation. Il souhaite jouer le plus tôt possible pour ne rien manquer du match du Paris Saint-Germain. Une demande balayée par la direction du tournoi, qui a programmé le Français en troisième rotation sur le Suzanne-Lenglen. Le football attendra.
Pierre Villa



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